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Aleksandra Wozniak honorée à Montréal: un rêve impossible


Aleksandra Wozniak enseigne le tennis à son académie de Bedford, en Estrie, à des enfants, comme le jeune Émile Boudreau, 8 ans.


« C’est un rêve impossible. » Cette phrase assassine, Aleksandra Wozniak l’a entendue maintes fois jeune, quand elle évoquait son désir de jouer sur la WTA. Intronisée au Temple de la renommée de Tennis Canada mardi soir, à Montréal, la Québécoise peut désormais se targuer d’avoir réalisé « l’impossible », et plus encore.


« Financièrement, on avait un certain niveau de pauvreté chez nous », a récemment raconté au Journal l’ancienne joueuse, rencontrée près de son académie de tennis à Bedford, en Estrie.

« Mes deux parents faisaient du temps supplémentaire, mon père a pris un job de nuit pour pouvoir subvenir aux dépenses liées au tennis », a-t-elle expliqué.

Jadwiga œuvrait dans le montage de puces électroniques ; Antoni, joueur de soccer dans sa Pologne natale, travaillait ici dans la mécanique.

L’aînée d’Aleksandra, Dorota, a joué au tennis elle aussi. Elle a même été multiple championne canadienne. C’est avec cette dernière que papa Wozniak s’est fait la main dans le coaching.

« Mon père emmenait ma sœur au tournoi à Montréal, a relaté Wozniak. C’est là que ç’a commencé, notre passion du tennis. Mon père voulait que ma sœur joue, mais il voyait que les entraîneurs étaient mal encadrés. Alors il a commencé à la coacher. »

« Mais il n’avait jamais joué ! a-t-elle ajouté. Je crois que ce qui l’a aidé, c’est qu’il avait joué au soccer. Il avait un don pour lire le sport. Il lisait sur le tennis, il regardait des vidéos. »


Sacrifices et apprentissages

Sa carrière, Wozniak la doit donc en grande partie aux sacrifices de ses parents, qui ont immigré au Québec il y a bientôt 40 ans.

Mais elle peut l’attribuer à sa propre résilience aussi. Car, au début de 2000, quand « Aleks » a fait ses premiers pas chez les pros, les joueurs de tennis canadiens ne bénéficiaient pas du même encadrement que celui d’aujourd’hui.

Le Centre national d’entraînement n’existait pas. Le soutien financier était loin de ce qui est accordé aux récentes générations. Sa vie dans les plus hautes sphères du tennis féminin, Wozniak l’a construite à tâtons.

« Au tout début, je n’étais pas encadrée, explique-t-elle. Je n’avais pas accès à des entraîneurs certifiés. J’étais rejetée, parce que mon père n’avait pas sa certification d’entraîneur. Mais je gagnais. »

Très jeune, Aleksandra assistait aux entraînements de son aînée. Son père ne savait toutefois pas s’il voulait recommencer ce processus exigeant avec la plus jeune.

Mais Antoni a finalement accepté. Il a même continué à conseiller Wozniak tout au long de sa carrière — malgré les épreuves, comme un cancer qu’il a dû combattre.


Comme Monica Seles

Sauf qu’il y a une différence entre aimer jouer au tennis et vouloir en faire sa carrière. Ce déclic, « Aleks » l’a eu un peu plus tard, à ce qui s’appelait autrefois l’Omnium du Maurier de Montréal.

« Je ne sais pas à quel âge j’ai vu Monica Seles sur le central, mais tout de suite, j’ai su que je voulais faire partie de ça. Sauf que je ne comprenais pas ce que ça prenait. Maintenant, à l’Académie, j’essaye de servir de mentor aux jeunes qui veulent devenir pros. »


L’adolescente timide

Ses débuts chez les professionnels ne se sont pas faits sans heurts. Si elle est aujourd’hui entraîneuse et conférencière, habituée à parler devant une centaine de personnes, la femme de 34 ans était très renfermée à l’époque.

« Un jour, on m’a fait réaliser que si je voulais y arriver, je devais sortir de ma zone de confort. Alors j’ai commencé à sortir de ma bulle. J’ai changé ma personnalité. »

Les changements ont payé. À 21 ans, Wozniak remportait un titre de la WTA à Stanford, en Californie. Elle était la première Québécoise à réussir pareil exploit.

L’année suivante, elle atteignait le 21e rang mondial et le quatrième tour à Roland-Garros.

« J’ai dû travailler fort afin de me rendre là, souligne Wozniak aujourd’hui. Je n’étais pas la plus talentueuse, je devais m’entraîner fort. Mais j’avais la passion. »


HEUREUSE MALGRÉ LES REGRETS

PHOTO CHANTAL POIRIER Aleksandra Wozniak a posé fièrement avec son fils James, 1 an, la semaine passée.


Elle a été la pionnière du tennis québécois. Mais Aleksandra Wozniak ne peut s’empêcher de se demander quels sommets elle aurait pu atteindre si, à son époque, l’encadrement des joueurs canadiens avait été semblable à celui dont ils bénéficient aujourd’hui.

Il y a aussi eu ces graves blessures, à une épaule et à un genou, qui l’ont tenue loin des terrains pendant de longs mois et qui l’ont forcée à rebâtir son classement deux fois.

Dans les dernières années de sa carrière, Wozniak, habituée au faste du circuit WTA, s’est retrouvée à nouveau au bas de la pyramide, sur celui de l’ITF. Ses commanditaires l’ont alors abandonnée.


« Avec tout ce que j’avais fait, je trouvais que je méritais de l’encadrement jusqu’à la fin. Et j’étais tout près de mon objectif, qui était de retourner dans le top 100... » a-t-elle regretté.

« J’ai trouvé difficile que personne ne m’aide. C’est là que j’ai appris que même si on est généreuse, gentille, on ne sait jamais quand on va te laisser tomber. Ça m’a fait vraiment mal, car je n’avais jamais rien demandé avant. Alors je me suis isolée. »


Le dernier « pop »

Puis, il y a quatre ans, une nouvelle blessure a sonné le glas de sa carrière. Wozniak se rappelle avoir entendu son genou faire « pop » à l’entraînement.

Pour espérer revenir sur le circuit, il lui aurait encore fallu prendre plusieurs mois de pause, puis repartir à zéro au classement.

La Québécoise avait alors 31 ans. Elle n’était pas prête pour la retraite, mais elle a choisi d’accrocher sa raquette.

Aujourd’hui à la tête de son académie de tennis, mariée et maman du petit James, 1 an, elle se sent sereine. Et heureuse.

« Malgré toutes les expériences, les blessures, le fait que le tennis canadien n’était pas aussi reconnu, je suis très reconnaissante de ce que j’ai vécu », a-t-elle laissé savoir.

« Je suis aussi reconnaissante envers ceux qui m’ont aidée et j’ai fait la paix avec ceux qui ne voulaient pas. Tout arrive pour une raison. »


UNE PIONNIÈRE AU QUÉBEC

Née le 21 novembre 1987 (34 ans)

PHOTO CHANTAL POIRIER


Meilleur rang au classement : 21e mondiale (en juin 2009)

Meilleure performance en Grand Chelem : 4e tour à Roland-Garros (2009)

Fiche en carrière : 363-246

Titre WTA : 1 (Stanford en 2009)

Titres ITF : 12

Victoires pour le Canada en Fed Cup (aujourd’hui appelée la Coupe Billie Jean King) : 40


Article par:

JESSICA LAPINSKI

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